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Enneagram Type 5 Board Archive to Diarmuid about RomancePosted by Laurence on October 19, 2000 at 04:31:56:
here is an article with some of C.Breillat's answers, sorry, it's in french! D.R. Ecoutez Catherine Breillat : ... "Il faut combattre les idées reçues" ... "Il y a toujours eu un grand malentendu"
Les femmes vivifient le cinéma français, constatait Télérama il y a quelques semaines (n° 2773). L'hommage omettait un nom important : celui de Catherine Breillat, alors en plein tournage de son nouveau film, Fat Girl... Cette "absence", pour peu qu'on la corrige aujourd'hui, ne lui va pas si mal. Breillat, comme beaucoup de gens l'appellent, est une cinéaste à part. Jamais citée aux césars, longtemps abonnée aux salles clairsemées, de même qu'aux critiques haineuses et aux injures de ses spectateurs, voire de ses acteurs... De Tapage nocturne (1979) à 36 Fillette (1988), de Sale comme un ange (1990) à Parfait Amour (1996), elle a toujours suscité la controverse, l'exaspération. Et s'est obstinée à ne traiter qu'un seul sujet ou presque : le désir féminin. La voilà qui sort de sa salle de montage, tout de noir vêtue, souriante, volubile, prompte à plaisanter et, plus inattendu, à rougir : "Je suis très timide..." Le lendemain, elle s'envolera vers la Corée pour y assurer la promotion de Romance. Depuis la sortie française du film (en avril 1999), Catherine Breillat est partout à la fois. Au bout du monde, puisque Romance, qui a attiré près de 350 000 spectateurs ici (son plus gros succès, de loin), s'exporte très bien, jusque dans les contrées les plus étanches au cinéma français, comme le Costa Rica… A Rotterdam pour une rétrospective de son œuvre complète… Dans les médias, en infatigable apologue de l'émancipation sexuelle. Ces derniers mois, il y a eu aussi, en librairie, Le Livre du plaisir, une anthologie littéraire - érotique - très personnelle, de Céline à Houellebecq. Et aujourd'hui sort son premier film, Une vraie jeune fille, inédit, tourné en 1976... Cette omniprésence, ces sollicitations de toutes parts, serait-ce le début d'un consensus autour de Breillat la scandaleuse ? " Il ne faut pas croire que les gens m'aiment, proteste-t-elle aussitôt. Avec ou sans Romance, il y a quand même une grande détestation. J'ai obtenu pour mon nouveau film les moyens d'un cinéaste débutant, et aucun acteur connu n'a accepté de jouer dedans. " Pour appréhender cette "détestation", il faut remonter aux débuts très précoces de la cinéaste. Catherine Breillat s'est "échappée" du domicile familial (à Niort), à l'âge de 16 ans, en compagnie de sa sœur, Marie-Hélène (devenue comédienne). Toutes deux fuyaient moins leurs parents qu'une certaine France d'avant 1968 et l'idée de la femme qu'on y entretenait : " Je me souviens parfaitement d'un discours de Michel Debré à l'Assemblée nationale : "Si on donne la pilule, et donc la liberté, aux femmes, que vont-elles en faire ?" Autrement dit, il fallait que les hommes veillent à la dignité morale des femmes. J'ai été élevée dans cet esprit. " De même, elle dit avoir médité très jeune sur la notion de pudeur, telle qu'on l'inculque spécifiquement aux filles : " Ce n'est pas un sentiment valorisant. Cela sous-entend qu'il y a quelque chose de honteux, lié au sexe féminin, et qu'il faut absolument cacher, réprimer... C'est la charia, en version atténuée. Ensuite, cette honte sexuelle, on la garde pour toujours, même si on sait qu'on ne devrait pas l'avoir. Moi, par orgueil, j'ai décidé de l'affronter. " Ce qu'elle fit dès son premier roman, L'Homme facile, publié en 1968 et interdit aux moins de 18 ans (l'âge qu'elle avait alors) : sa première déclaration de guerre aux tabous, son premier scandale, son premier bide. " Dès le départ, il y a eu un décalage terrible entre ce que je faisais et la manière dont j'étais perçue. Comme il s'agissait de sexe, on me suspectait d'une démarche commerciale graveleuse qu'on me pardonnait d'autant moins que je n'avais aucun succès… Mais cet insuccès était logique : ni mes livres ni mes films n'ont jamais été affriolants. Ce n'est pas du tout mon genre. " A l'en croire, son genre serait d'ailleurs sentimental mais contrarié : " Le sentiment est un idéal et, donc, il est toujours trahi, on ne l'atteint jamais. Dans mes films, je m'échine à casser très cyniquement les sentiments, ce qui n'est pas très grand public... " Au milieu des années 70, quand elle passe pour la première fois de la plume à la caméra - son objectif depuis toujours -, le X n'existe pas. Amie d'Andy Warhol (la " seule personne avec qui j'ai réussi à parler anglais "), Catherine Breillat s'inspire des "films sauvages" de ce dernier pour adapter à l'écran son propre roman, Une vraie jeune fille… Avec l'idée " d'aller un peu plus loin que ce que le public pouvait supporter ". Or, la loi sur le X est votée avant la sortie du film. Breillat bataille, fait valoir sa démarche : " La censure était supposée frapper tout ce qui allait vers la concupiscence sexuelle. Une vraie jeune fille, c'est tout l'inverse de cela. Ce n'est pas sur le plaisir, mais sur la honte. J'ai donc obtenu qu'il échappe au couperet. " Le film restera pourtant dans les cartons pour des querelles de distributeurs… Le virage puritain négocié alors par la société française la met toujours en colère : " Ça m'a indignée que les artistes ne se révoltent pas face à cette loi et abandonnent la sexualité au commerce, à la pornographie, qui est la prostitution du sexe. Le porno n'est pas du cinéma, alors comment peut-on décréter qu'il est interdit au cinéma ? Le porno nous avilit, nous rend coupables. Faire l'amour, ce n'est pourtant pas seulement devenir laid, honteux, animal. C'est aussi le transport amoureux, l'oubli de la matérialité au profit d'une forme de transcendance. Moi, je m'obstine à vouloir filmer le ravissement des femmes, cette extase entre l'érotique et la métaphysique. " Longtemps, toutefois, ses films parlent surtout d'empêchement, de gêne, de souffrance. Breillat martèle crûment sa vision d'un abîme infranchissable entre les hommes et les femmes, dénonce l'outrage fait par la société à ces dernières, " coupées en deux, l'âme d'un côté, le corps de l'autre "... De 36 Fillette à Parfait Amour, elle admet s'être complu dans la " contemplation du marasme ". Au fil des années, sa réputation de teigne s'amplifie. Ses proches lui en veulent, mortifiés de " se reconnaître à l'écran et, pire, de ne pas se reconnaître complètement ". Ses acteurs cessent de lui parler après les tournages : " Ils n'assument pas le plaisir qu'ils ont pris ", dit-elle, tout en reconnaissant que ses plateaux tiennent de l'arène. Avec Romance, Catherine Breillat a franchi un cap décisif et s'est " éclairci les idées ". Empoignant pour de bon cette idée d'obscénité qui la taraude depuis toujours, elle s'est juré de faire un film " sans penser une seconde à la censure, mais seulement au cinéma ", convaincue que " si on se débarrasse de la honte au moment de filmer, l'image ne saurait être laide ou pornographique ". Et cette manière d'affranchissement vaut aussi pour son héroïne (interprétée par Caroline Ducey), la première de ses doubles de cinéma à atteindre une certaine sérénité. Résultat : malgré la présence d'un acteur porno au générique (Rocco Sifredi) et plusieurs scènes sexuelles frontales, Breillat a vaincu la censure aux quatre coins du globe : " Tous les journaux du monde se sont battus pour la liberté de Romance, même en Turquie… Tous, sauf les journaux de Seattle, où le film a été interdit, exactement au moment du Congrès de l'OMC pour la libre circulation des biens et des idées ! " précise-t-elle ironiquement. Refusée à l'Idhec autrefois (" Le directeur m'a expliqué qu'en tant que femme je ne trouverais pas de travail à la sortie, sauf comme scripte ou monteuse "), Breillat peut se targuer aujourd'hui d'avoir emmené le cinéma féminin et féministe aussi loin que possible, et au-delà. Quant aux hommes, quelque peu maltraités par Romance, ils demeurent pour elle une terra incognita, qu'elle se défend de savoir représenter : " Il n'y a pas de psychologie masculine dans mon cinéma. Il y a seulement ce que les femmes ressentent et désirent. Un homme ne doit donc pas chercher à se reconnaître dans mes personnages masculins. En revanche, il peut chercher dans mes films une meilleure compréhension des femmes. Et connaître l'autre, c'est le but supérieur. " Louis Guichard.
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